Bordeaux en scène

13 septembre 2017

Da Silva - «La musique, ce sont 2-3 certitudes et 1 million de doutes »

Son 6e album, L'Aventure, est dans les bacs depuis le 24 mars dernier. Le 14 octobre, il sera en concert à L'Entrepôt, au Haillan. Da Silva nous a accordés, vendredi dernier, un entretien yeux dans les yeux. À l'instar de son album, il y parle de lui, caché derrière des métaphores expressives. Avec, toujours, une modestie naturelle rare. Rencontre.

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Bordeaux en scène -  Da Silva, que de chemin parcouru en 12 ans de carrière ! Avec un changement de direction évident.

Da Silva Oh oui ! En 12 ans, j'ai sorti un album tous les 18 mois, en moyenne. Les premiers, aux arrangements acoustiques, étaient assez minimalistes. J'ai d'ailleurs enregistré mon premier opus chez moi. "L'Aventure" est beaucoup moins intimiste. C'est un disque très orchestré, plus pop que les précédents.

Bordeaux en scène -  Plus engagé, aussi.

Da Silva J'ai toujours eu des chansons engagées. Je pense qu'un artiste ne change pas vraiment, avec le temps. Il écrit sur ses obsessions. Pour moi, ce sont toujours les mêmes : le monde du travail, le féminisme, les sentiments et la mort. Un peu comme un bluesman, je dis toujours la même chose, seule la forme change. Et depuis le début de ma carrière, je ne cesse de "retricoter". Je parviens à défaire des noeuds, parfois. Je comprends mieux les choses de la vie. Du coup, je deviens plus précis dans mes textes.

Bordeaux en scène -  Vous chantez autour des sentiments... amoureux ?

Da Silva Pas que. C'est ce qu'on croit souvent, car sur mes premiers albums, je suis passé par le prisme du couple. Le couple, c'est une micro-société. On se confronte à l'autre, donc à soi-même, à ses actions et à ses idées. Seul, devant la glace, il n'y a aucun dommage collatéral. 

Bordeaux en scène -  II y a beaucoup de vous sur ce disque.

Da Silva Oui. J'espère néanmoins avoir réussi à utiliser suffisamment de métaphores et à mêler au réel assez de fiction pour que cela reste pudique.

Bordeaux en scène -  Ce dernier album est un exutoire, ou au contraire, vous avez fait table rase de vos maux pour produire une oeuvre avec plus de recul ?

Da Silva Après avoir fini un album, je fais toujours tapis. Je remets les compteurs à zéro systématiquement. Le plus beau, le plus excitant dans la musique, c'est le fantasme, le désir. C'est ce qui me donne l'envie de me lancer dans un nouveau projet. Une fois qu'il devient réel, il est temps pour moi de me replonger dans le fasntasme.

Bordeaux en scène -  Est-ce l'album dont vous êtes le plus fier ?

Da Silva Je ne suis "fier" de rien.

Bordeaux en scène -  Satisfait ?

Da Silva Je ne suis jamais satisfait de ce que je fais. Mes erreurs, j'essaie de les rattraper sur le disque suivant. On est "satisfait" de guérir, d'aider les gens, pas de faire de la musique. On crée quelque chose où l'aquabonisme frappe à la porte en permanence. Il n'y a pas de quoi frimer ! Je trouve que la musique, devant sa complexité, rend modeste. Il faut être complètement fou pour aimer écrire, tellement c'est un puits sans fond. C'est abyssal ! On ne peut se réclamer d'être autosatisfait.

Bordeaux en scène -  Sur cet opus, iI y a une jolie métaphore avec l'ex-tennisman américain John McEnroe...

Da Silva C'est un personnage que j'adore. Sur le court, il était à la fois tendre et en proie à des coups de sang et une colère incroyables. Ça le rendait terriblement humain. Il ne cédait sur rien, sauf sur son tendon d'Achille. Dans un sport censé représenter le fair-play et la politesse, il savait transgresser les codes.

Bordeaux en scène -  Pouvez-vous affirmer que L'Aventure est l'album de la maturité ?

Da Silva Je suis incapable d'affirmer quoi que ce soit. Vous savez, la musique, ce sont 2-3 certitudes et 1 million de doutes. La maturité, pour moi, c'est le début de la fin. Ça ne m'intéresse pas. Avoir atteint la maturité, ça veut presque dire que j'ai trop mûri. Ce serait le début du périssement ! La musique est un exercice d'équilibriste difficile et dangereux. Quelque chose que l'on maîtrise, mais qui peut nous dépasser.

Bordeaux en scène -  Quand écrivez-vous ?

Da Silva Entre 5h et 8h du matin, à l'heure où le monde n'est pas encore éveillé, à l'heure où le quotidien n'a pas encore repris le dessus. Un laps de temps durant lequel j'ai réussi à développer mon imaginaire. Le reste du temps, je suis un homme bien banal.

Bordeaux en scène -  Que vous définiriez comment ?

Da Silva Comme une vieille bagnole de 1976 qui a été repeinte, dont le moteur a été cassé deux fois, mais qui reste intacte. Prête à faire encore beaucoup de kilomètres !

Bordeaux en scène -  Et elle a déjà bien roulé, cette bagnole. Après avoir écrit Les Jours Electriques pour Jenifer, issu de son album L'Amour & Moi sorti en 2012, vous signez les paroles et la composition de 10 des 11 titres de Paradis secret, le dernier opus de l'artiste paru en octobre dernier. Comment ce projet s'est-il concrétisé ?

Da Silva À l'époque de ses démêlés avec France Gall - on est en 2013 -, Jen vient me voir et me dit : "Je ne veux plus faire de musique, sauf si c'est toi qui me fais un disque." On a pris un appartement, on s'est enfermés pendant 6 semaines, à travailler d'arrache-pied sur des chansons qui lui correspondent. On a enregistré les maquettes, mais Jen n'a pas voulu les faire écouter à sa maison de disques. Elle ne souhaitait pas un univers à la mode, mais plutôt seventies, avec de la soul et du funk. Je l'ai donc suivie et soutenue dans son projet, que l'on a mené à son terme.

Bordeaux en scène -  Pourquoi faîtes-vous de la musique ?

Da Silva Pour consoler les gens, les rendre heureux et essayer de les faire réfléchir.

Bordeaux en scène -  Votre musique me rend heureux, vos textes me font réfléchir. Mais je n'ai pas forcément besoin d'être consolé, en ce moment !...

Da Silva Tout le monde a besoin d'être consolé. L'écrivain et journaliste suédois Stig Dagerman disait : "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier." Il faut juste se l'avouer.

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"Alexis. Merci pour tout. Da Silva."

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